Retour sur la Séance Plénière du jeudi 16 octobre 2025 

Dans son propos liminaire, notre co-présidente Eliane Romani a relayé, deux alertes : la première concerne la santé en ce mois d’Octobre Rose. Elle cite l’étude de la professeure, Carole Mathelin de l’institut de cancérologie de Strasbourg, qui montre que la France est le premier pays au monde en termes d’incidence du cancer du sein : 12 000 décès de femmes par an. Des cancers liés aux facteurs environnementaux comme la présence de perturbateurs endocriniens (comme les pesticides), les Pfas et les métaux. Hayange, Florange, Mulhouse sont bien classées dans ce triste palmarès et bien des politiques industrielles et agricoles régionales favorisent encore ces pollutions.

La seconde alerte concerne les associations mobilisées le 11 octobre pour dire “ ça ne tient plus”. Dernier rempart face aux factures sociales, environnementales, politiques et économiques, leurs missions explosent pendant que les subventions diminuent. Elles dénoncent par ailleurs la politique des appels à projets de la Région qui les précarise.


La proposition de loi Duplomb-Ménonville, visant à « lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur », a franchi le seuil du million de signatures citoyennes le dimanche 20 juillet. Cette mobilisation inédite a enfin permis d’envisager un débat à l’Assemblée Nationale, que l’alliance des forces de droite et d’extrême-droite avait empêché par une motion de rejet préalable.

Notre groupe a déposé un vœu appelant les conseillers régionaux du Grand Est à se positionner pour une nouvelle politique agricole, respectueuse de la santé publique et de l’environnement et qu’ils et elles demandent la tenue d’un débat à l’Assemblée Nationale sur le fond de la proposition de loi Duplomb-Ménonville. Un texte rejeté largement par une assemblée arc-boutée sur un modèle agricole du passé.

Evelyne Gareaux a évalué la stratégie mémorielle du Grand Est. Si l’histoire régionale est marquée par les conflits, la mémoire est plurielle et mouvante (soldats, femmes, ouvriers, immigrés, environnement). Elle a salué la création du nouveau dispositif « Soutien à la Mémoire (conflits, travail, humanisme) » pour son caractère inclusif et transversal. Elle a également soutenu les projets fédérateurs, comme le Mur des noms de Schirmeck, qui construisent une mémoire résiliente et favorisent le lien commun.

Citant Tzvetan Todorov, elle a insisté pour que le travail de mémoire serve à tirer des leçons. 

En conclusion, elle a soutenu une mémoire régionale inclusive, fédératrice et mouvante, opposée aux mémoires figées et clivantes de l’extrême-droite. Elle a mis un bémol sur les incertitudes budgétaires qui ne doivent pas menacer cette politique essentielle.

Après les propos honteux du Rassemblement National qui ont voté contre ce rapport et ont osé se revendiquer de l’héritage de la Résistance face au nazisme, Lou Noirclere a rappelé que leur parti qui portait il y a encore quelques années le nom de Front National, a été fondé en 1972 par Jean-Marie Le Pen aux côtés d’anciens Waffen-SS et de sympathisants néo-nazis. Il est là leur héritage. 

Lou Noirclere a rappelé que les écologistes approuvaient le déploiement d’une politique de fret ferroviaire dans notre région. Les transports restent le premier secteur d’émissions de gaz à effet de serre en France, issus des voitures individuelles mais également des poids lourds.

Aussi, alors que notre région est pionnière dans la mise en place d’une écocontribution poids-lourd, le développement du fret ferroviaire, du fret fluvial et du ferroutage est essentiel pour appréhender l’enjeu du report modal de la circulation des marchandises.

Néanmoins, cette stratégie doit s’inscrire dans le temps long. Il ne doit pas s’agir d’un simple accompagnement du monde économique afin de rassurer les entreprises de notre région avant la mise en place de l’écocontribution.

Caroline Reys a salué les engagements de ce schéma de promotion d’achats responsables (SPASER) : la commande publique est un levier essentiel de notre économie et une manière directe, pour nos collectivités, de soutenir une économie locale et vertueuse. En 2024, 70% des marchés publics contenaient au moins une clause environnementale.

Mais ce bon résultat met malheureusement en lumière les faiblesses sur le plan social : dotée d’objectifs plus faibles sur ce volet, notre commande publique n’est pas toujours adaptée aux besoins réels du territoire en la matière.

Par ailleurs Caroline Reys a rappelé que la commande publique n’est que l’exécution des décisions politiques : financer des contournements routiers ou des aménagements dangereux pour la biodiversité ne pourra jamais être vertueux, quand bien-même ces projets seraient réalisés avec du béton recyclé. 

Laure Haag a vivement critiqué le gâchis d’argent public alloué aux entreprises et a souligné le manque de transparence et d’évaluation de l’efficacité économique et sociale de ces aides. Elle s’est inquiétée de l’absence d’analyse des 211 milliards d’euros d’aides publiques aux entreprises. Dans notre région, ce sont 89 millions d’euros régionaux qui ont financé des projets utiles mais aussi parfois inutiles ou qui ont augmenté les dividendes.  Elle a déploré que seulement 10% des aides régionales aient été fléchés vers l’environnement, un pourcentage jugé dérisoire. Elle a dénoncé aussi le financement de projets sans effet de levier.

Notre groupe a demandé de mieux mesurer et piloter ces aides, en ayant défini une doctrine économique claire qui distingue les entreprises selon leur impact, leur actionnariat ou leur dépendance aux énergies fossiles. Laure Haag a insisté sur le fait que l’impôt doit servir le bien commun. Si l’argent public n’est pas mieux ciblé, l’État ne pourra pas financer les 100 milliards annuels nécessaires d’ici 2027 pour les transformations écologiques et la défense. La Région doit être une boussole, pas un arrosoir.

En récupérant la gestion du réseau routier national non-concédé, notre région a pu mettre en place des opérations de régénération attendues de longue date : pour la mise en sécurité de la RN 44, la protection de l’eau et de la biodiversité sur la RN4 ou encore la protection phonique sur l’A31.

Jean-François Secondé a rappelé que, si la reprise en gestion par notre région du réseau routier national est une bonne nouvelle, les investissements sur le réseau routier ne peuvent se faire sans ressource. L’écocontribution est donc l’occasion d’investir durablement en faisant payer le coût de la route à ses usagers plutôt qu’à l’ensemble des contribuables. 

Néanmoins, il précise que nous devons agir avec cohérence et clarté : les aides aux entreprises doivent impérativement être conditionnées et inscrites dans un projet de long terme. 

Eliane Romani et Laure Haag ont critiqué une stratégie de défense régionale jugée trop restrictive , cantonnée au volet militaire.
Eliane Romani a plaidé pour une « défense totale” et pour la résilience citoyenne. La souveraineté nationale passe également par la sortie des énergies fossiles, le développement des énergies renouvelables et une agriculture résiliente.
Laure Haag a détaillé le rôle du Grand Est en matière de défense via trois axes : accélérer la transition écologique (énergies, résilience des entreprises), développer la défense civile (esprit critique, résolution non-violente des conflits) et soutenir la base industrielle, y ajoutant l’économie circulaire de l’armement.
Le groupe s’est abstenu, dénonçant l’absence d’intégration de leur approche globale et le manque de consultation des commissions thématiques.
Ici un  article plus complet  sur ce sujet.

Laurent Dreyfus a salué le travail du déontologue. Il a aussi souligné l’important lobbying exercé par la Chambre d’Agriculture du Grand Est et les Jeunes Agriculteurs (FNSEA), tel que révélé par le répertoire des représentants d’intérêts. Bien que certaines revendications (hausse du revenu, aide Fièvre catarrhale ovine) aient été jugées légitimes, il a constaté un manque de pluralisme dans les relations avec la collectivité, ces organisations ne reflétant pas toutes les visions de la profession.

Ce manque de pluralisme a d’ailleurs été relevé par la Cour des Comptes, qui a pointé des “financements indus » de la FNSEA par les Chambres d’Agriculture. Cette proximité  incite à la vigilance face au risque accru de conflits d’intérêts. Des dossiers, comme les financements de Terrasolis ou de la FRSEA pour des études ou brochures, ont été cités en exemple.

Laurent Dreyfus a mis en doute la pertinence et l’objectivité du travail de certains acteurs, « sociologues le matin, militants enflammant impunément des palettes » le soir. Pour finir, il a repris à son compte les recommandations de la Cour des Comptes : l’attribution irrégulière de subventions doit disparaître des pratiques du réseau, et la tutelle doit y veiller.

Ce rapport détaille une action conjointe de la région et du rectorat dans nos collèges confirmant certaines craintes que nous avions exprimées en amont. Gérard Schann les a rappelées :

Les présentations des métiers au collège sont concentrées sur certains secteurs “stratégiques » et assurées par les acteurs économiques de chaque territoire : c’est la porte ouverte aux inégalités entre collèges et entre classes. Il y a un risque de limiter les horizons des collégiens aux entreprises de leur territoire.

Cécile Germain-Ecuer a rappelé la nécessité d’agir face au « plus grand défi de l’humanité ». Elle a insisté sur le fait que la réalité du dérèglement climatique a été documentée et est vécue (enneigement des Vosges, ruptures d’eau).

Elle a déploré que la dégradation de l’environnement soit moins médiatisée qu’un fait divers, bien que ses conséquences sur la santé sont alarmantes (cancers liés aux pesticides, maladies neurodégénératives, fragilisation due aux canicules) et que 48 000 personnes meurent prématurément chaque année de la pollution de l’air (5000 dans le Grand Est). Cécile Germain-Ecuer  a aussi évoqué la disparition des insectes et l’intensification des phénomènes extrêmes. Elle a souligné que la 7e limite planétaire (acidification des océans) a été officiellement dépassée.

Elle a attribué cette situation à un système économique qui a exploité l’humanité et la Terre pour un gain aliénant, générant une « perte de sens ». Elle a appelé à une union face à cette menace globale, regrettant le temps perdu dans les anciennes approches et  jugé que l’action individuelle de « colibris » ne suffirait pas, et a demandé un changement global et politique, exhortant la région Grand Est à faire plus. Elle a conclu en saluant les premières décisions prises, bien que modestes.

Ghislain Wysocinski a exprimé sa satisfaction face au rapport de la Chambre Régionale des Comptes qui a confirmé la santé financière du Parc Naturel Régional de la Montagne de Reims. Il a rappelé le rôle écologique majeur du PNR en matière de biodiversité, de régulation (stockage de carbone, filtration de l’eau) et d’éducation.

Il a insisté sur la recommandation de la CRC de finaliser la vente du domaine de Commétreuil. Ce domaine, ancien centre d’initiation à la nature, a été fermé après le retrait de financements, et la décision a été prise de le transformer en hôtel de luxe. Ghislain Wysocinski a dénoncé ce projet, le qualifiant d' »élitiste » et le considérant comme un recul en matière d’éducation environnementale.

Il a saisi cette occasion pour revenir sur une proposition antérieure de notre groupe. Lors de la séance plénière de décembre 2023, un amendement rejeté visait à augmenter les moyens régionaux pour les associations d’éducation à l’environnement, avec un objectif de 50% d’élèves bénéficiaires d’ici 2028. Il a réitéré cette proposition, concluant que les « discours ne suffisent pas ».

Metz-Nancy Lorraine est l’aéroport dit “de proximité” le moins fréquenté en France avec 102 000 passagers en 2023. Sept fois moins que le seuil de rentabilité nécessaire. Pourtant il a perçu au total 18 M€ de la Région Grand Est entre 2016 et 2023, soit 15€ par billet.

Lou Noirclere a rappelé que le rapport de la Chambre Régionale des Comptes, sur lequel s’appuie cette demande de création de commission spéciale a confirmé ce que les écologistes pressentaient : l’acharnement de la Région à subventionner un aéroport sans vision stratégique a conduit à une gabegie d’argent public.

Un travail de fond, porté de long terme par les écologistes est urgent mais ne peut se faire dans une commission pilotée par le Rassemblement National, parti climatosceptique et sourd aux questions sociales alors que l’avenir des salariés du site va devoir être au centre des attentions.

Christophe Dumont a soulevé la question de la contamination aux PFAS de Cristal Union, révélée par la presse le 9 octobre. Le premier fournisseur français de sucre a été confronté à la présence de ces « polluants éternels » sur toute sa chaîne de production, des champs aux usines. Des taux élevés de rejet d’AOF ou de PFBA ont été observés dans l’usine d’Arcis-sur-Aube.

Il a souligné le caractère insidieux de cette contamination. Les agriculteurs, sans le savoir, ont déversé les eaux de lavage polluées dans les champs, contaminant ainsi les sols, les cultures, et menaçant l’ensemble de la chaîne alimentaire via les dérivés de betteraves destinés aux animaux. La logique « circulaire » vantée par Cristal Union s’est avérée « particulièrement nocive ».

Selon l’enquête de presse, l’origine de ces PFAS pourrait être l’usage massif de pesticides depuis des années. Face à l’ampleur de la pollution, Christophe Dumont a demandé au Président de la Région d’intervenir auprès de la préfecture et de l’Université de Reims Champagne-Ardenne. Il a réclamé la communication publique des résultats de l’étude lancée par Cristal Union au printemps 2024, au nom de la santé publique et de la transparence.