Avant l’ouverture de la plénière, l’ensemble des élu·e·s s’est retrouvé devant l’Hôtel de Région pour marquer un soutien collectif à Cécile Kohler et Jacques Paris, libérés de prison mais toujours bloqués en Iran.

Dans son propos introductif, Eliane Romani a rendu hommage aux victimes des attentats du 13 novembre 2015. Elle a ensuite tiré un signal d’alarme concernant la souffrance croissante de la jeunesse, estimant que la Région Grand Est a trop souvent relayé les renoncements de l’État au lieu de les compenser.
Elle a souligné l’urgence d’accompagner les jeunes les plus fragilisés, privés des moyens nécessaires à leur émancipation. Les associations de jeunesse ont en effet alerté sur la chute libre du budget national (moins 130 millions d’euros en 2025) et sur l’exclusion des jeunes des minimas sociaux, comme le RSA. Elle a dénoncé les conséquences directes de ces coupes : fermetures de lieux d’éducation (MJC, centres sociaux), suppression d’emplois et démotivation des bénévoles.

La Région Grand Est, malgré ses discours, a, elle aussi, choisi de réduire son budget jeunesse pour 2024, 2025 et 2026, pénalisant les associations sportives et les Missions Locales.
En conclusion, Eliane Romani a appelé l’État et la Région à rétablir les crédits et à soutenir durablement les associations, rappelant que la pauvreté des jeunes est le résultat de choix politiques.
Budget : décision modificative n° 2 pour 2025
Afin d’ajuster leur budget aux plus près des contraintes réelles, les collectivités délibèrent régulièrement sur des modifications, généralement à la marge.

Les 70 millions d’euros de modifications débattues, manquent de vision à long terme et démontrent l’inefficacité de l’obsession de la majorité pour les ratios budgétaires. Jean-François Secondé a regretté que cette modification tardive n’ait pas corrigé la trajectoire austéritaire, qui s’est traduite par des postes gelés, des subventions baissées, et l’abandon de services comme les cars express et la fermeture de guichets TER. Nous avons voté contre ce point.
Orientations Budgétaires pour 2026
Lou Noirclere a ouvert son intervention sur les Orientations Budgétaires 2026 en évoquant la crise politique depuis 2024 et les défis régionaux, tels que le chômage et le vieillissement. Il a pointé la nécessité de prioriser la plus-value sociale des politiques publiques et de solliciter la contribution du monde économique.

Il a dénoncé les coupes budgétaires qui ont pénalisé les ménages modestes et cité l’arrêt de l’aide à l’achat de vélos et la suppression des bourses de mobilité internationale. Il a aussi souligné la récession de la politique de formation depuis trois ans, notamment les attaques conjointes de l’État et de la Région contre les Missions Locales, en dépit de la hausse du chômage des jeunes.
Lou Noirclere a insisté sur la nécessité d’utiliser tous les leviers fiscaux disponibles, comme le versement mobilité, et de conditionner les aides économiques à des critères environnementaux, à la pertinence de l’activité, la création d’emplois non-délocalisables.
Il a conclu en rejetant le cynisme de la majorité régionale qui désigne la crise comme une simple « opportunité » plutôt que de percevoir la nécessité de revoir radicalement les politiques publiques.
Feuille de route Enseignement Supérieur, Recherche, Innovation
Ghislain Wysocinski a déploré la mauvaise situation de la R&D (Recherche et Développement) privée dans le Grand Est. Il a rappelé que la Région s’est classée 11e sur 13 en R&D privée malgré son statut de 3e région industrielle. Il a proposé d’instaurer un indicateur de suivi des stages de 3e dans le secteur industriel, une solution peu coûteuse tirant parti du Service Public Régional de l’Orientation (SPRO).

Il a ensuite critiqué les choix politiques de la Région, questionnant pourquoi les étudiants ont dû supporter le coût de l’innovation. Il a dénoncé l’abrogation par la Région des bourses mobilités internationales pénalisant de manière directe nos étudiants. Il a jugé la feuille de route Enseignement Supérieur Recherche et Innovation symptomatique du manque d’ambitions de la Région en matière d’enseignement supérieur et de vie étudiante (le document a mentionné le mot « entreprise » 70 fois contre seulement 2 fois le mot « étudiant »). Nous nous sommes abstenus sur ce point.
Rapport annuel sur la situation en matière d’égalité entre les femmes et les hommes
Ludivine Pérard a exprimé sa déception face au rapport sur l’égalité femmes-hommes, affirmant que les espoirs de 2024 ont sombré dans le désespoir en 2025. Elle a constaté que les rapports se sont succédé sans avancées notables, et que certaines inégalités se sont même aggravées. Elle a dénoncé l’écart de rémunération global qui a augmenté (passant à 5,8 % en 2024) et s’est fortement creusé dans la catégorie C très féminisée des agents de la Région, illustrant la sous-valorisation persistante des métiers à prédominance féminine.

Elle a regretté le « verrouillage masculin » des postes clés, citant le chiffre figé de 19 % de femmes à l’encadrement des lycées, malgré les départs à la retraite qui ont offert une opportunité.
Elle a conclu en proposant d’inverser la tendance dès 2026 en s’engageant sur des objectifs chiffrés (40 % de femmes à l’encadrement d’ici 2028), la revalorisation des métiers féminisés et l’adoption de mesures contraignantes et financées.
De plus, son intervention a été l’occasion de rappeler le manque d’exemplarité de l’assemblée en matière de violences sexistes et sexuelles. Des collègues plaignantes siègent en effet face à leur agresseur présumé resté en poste.
AMI – Soutien au déploiement de lieux de vie collectifs, inclusifs et innovants au bénéfice des séniors dans les territoires ruraux du Grand Est
Géraldine Krin a commencé son intervention en reconnaissant la vertu des projets soumis pour l’Appel à Manifestation d’Intérêt (AMI) « Béguinages » (un type d’habitat collectif), destinés aux seniors autonomes, principalement en milieu rural. Cependant, elle a immédiatement soulevé plusieurs questions critiques.

Elle s’est interrogée sur le déséquilibre entre les cinq projets lauréats et les quinze dossiers refusés , demandant si les critères de sélection n’ont pas été trop restrictifs ou si le budget (2,7 millions d’euros) n’a pas été sous-dimensionné face à l’ampleur du vieillissement de la population.
Elle a insisté sur le fait que ces béguinages modernes ne devaient pas être considérés comme une solution unique. Elle a rappelé que plus de 94 % des personnes âgées souhaitent rester à domicile. Par conséquent, elle a appelé la Région à lancer rapidement un plan global pour le maintien à domicile.
Remplacement du parc de rames réversibles RRR
Caroline Reys a débuté son intervention en soulignant l’importance du rapport pour les usagers du Réseau Express Métropolitain (REME) du Bas-Rhin. Elle a constaté le succès de la ligne Strasbourg-Sélestat, dont la fréquentation a atteint 436 voyageurs par train en 2024, affirmant que ce succès justifie la poursuite des investissements. Elle a ensuite insisté sur la nécessité d’atteindre rapidement l’objectif de quatre trains par heure sur cette ligne pour répondre aux besoins des déplacements pendulaires.

Passant au cœur du rapport, elle a souligné que la souplesse permise par l’achat de 16 rames modulables Régiolis doit être synonyme d’une haute qualité de service, visant à réduire au maximum les retards et les suppressions qui pénalisent les usagers. Enfin, elle a affirmé le vote favorable de notre groupe pour ce rapport, en soutien au développement du mode ferroviaire et du service public régional.
Contrat de concession entre la Région et la Société Publique Locale Grand Est Infrastructures portant sur la gestion des infrastructures ferroviaires régionales et des sites de maintenances et de remisage
Laure Haag a souligné la nécessité d’un nouvel outil capable de relancer massivement l’investissement ferroviaire dans la région. Elle a déploré l’état critique des petites lignes et des dessertes fines, victimes de décennies de sous-investissement, qui n’ont pas réussi à offrir une alternative crédible à la voiture. Elle a rappelé que notre groupe a toujours réclamé plus d’investissements pour le train du quotidien, insistant sur le fait que l’action doit toucher à la fois la desserte, la fréquence et le prix.

Elle a jugé que la SPL, grâce à sa maîtrise publique forte, a rendu l’action plus rapide et plus efficace, ce qui est d’autant plus vertueux que le ferroviaire est le principal levier régional pour réduire les émissions de CO₂.
Cependant, Laure Haag a également exprimé des regrets quant au manque de transparence et de contrôle démocratique, notant que le capital de la SPL ne permet pas une représentation diverse de l’assemblée. Elle a conclu en assurant que les notre groupe soutenait la démarche tout en restant vigilant pour que la SPL demeure un outil public au service des habitants et du report modal.
Rapport sur la situation en matière de développement durable 2025 de la Région Grand Est
Cécile Germain-Ecuer a déploré que l’écologie n’a pas irrigué l’ensemble des politiques publiques, la jugeant traitée de manière « clairsemée » dans le rapport. Elle ne s’est pas attardée projet par projet mais a abordé la stratégie globale : une vision plus que limitée du développement durable. Elle a fustigé une « belle liste d’actions » qui a contourné les problèmes de fond, condamnant la majorité à un éternel recommencement, allant jusqu’à évoquer le « rocher de Sisyphe ».

Elle a ensuite marqué une divergence radicale sur la notion de « conciliation ». Elle a exposé ce que notre groupe a souhaité concilier (biodiversité et activités humaines ; alimentation saine et revenu agricole décent ; sobriété et droit au confort), s’opposant explicitement à l’étalement urbain, à l’agro-industrie et à la surproduction.
Elle a affirmé que le manque de cohérence condamne la Région à refaire inlassablement les mêmes investissements. Pour elle, le système actuel est « à bout de souffle », et la majorité a utilisé l’argent public pour le soutenir en subventionnant la pollution et en encourageant l’effacement de la puissance publique. Elle conclut en réclamant des objectifs clairs et des nouveaux indicateurs pour une « nouvelle prospérité ».
Bilan et actualisation des contributions de la Région Grand Est à la démarche de planification écologique : Grand Est Région Verte
Christophe Dumont a dénoncé le fait que la Région Grand Est a trop souvent accompagné les renoncements de l’État en matière de climat. Il a critiqué la politique de bioéconomie, jugée favorable à l’agro-industrie, qui a produit des agrocarburants aux dépens de l’agriculture vivrière. Il a rappelé que la Cour des comptes a souligné le bilan environnemental négatif de cette politique.

Il a également pointé du doigt le programme « Ambition Éleveur », qui a privilégié la stricte performance économique et a favorisé l’agrandissement des exploitations. Il a regretté que le budget agricole n’ait jamais été présenté comme un « budget vert » en raison de politiques défavorables à l’environnement. De plus, il a dénoncé la politique forestière qui a subventionné des “plantations en plein” (coupes à blanc), menant à une perte de biodiversité.
Il a soulevé le « coup d’arrêt aux renouvelables » (baisses des tarifs de rachat par l’État de l’électricité pour le photovoltaïque en toiture, couplée à la fin des aides de la région pour les études préparatoires, exigence moindre pour l’obligation des ombrières sur les parkings) et a critiqué les suspensions de dispositifs régionaux pour la rénovation énergétique, qui ont fragilisé la filière. Il a conclu en affirmant que cette politique à court terme a constitué une triple faute — écologique, économique et sociale — en faisant peser sur les plus précaires le coût croissant de l’inaction.
Question orale à propos du génocide en cours au Darfour
Christophe Dumont a pris la parole pour alerter l’assemblée sur la guerre civile atroce qui a ravagé le Soudan depuis 2023, opposant les forces armées d’Abdel Fattah al-Burhan à la milice des Forces de soutien rapide (FSR). Il a rappelé que les massacres actuels au Darfour n’étaient pas sans rappeler les atrocités commises vingt ans plus tôt par les mêmes milices, dénonçant le cynisme et le silence international face à un véritable génocide et un crime contre l’humanité.

Il a souligné qu’un sommet des atrocités a été atteint le dimanche 26 octobre avec la prise d’El Fasher par les FSR. Il a évoqué des images satellites documentant les tueries et a estimé le bilan de cette prise à plusieurs milliers de morts civils, avec des dizaines de milliers de personnes qui sont restées piégées.
Il a mentionné que le bureau du procureur de la Cour pénale internationale (CPI) a averti le 3 novembre que les atrocités d’El-Fasher pourraient constituer des crimes de guerre. Il a également relayé l’ONU, qui a qualifié la situation de « pire crise humanitaire et de déplacement au monde », avec près de 13 millions de personnes qui ont été déplacées depuis avril 2023.
En conclusion, il a insisté sur le fait que la Région Grand Est devait manifester son indignation en collaboration avec la commission Transfrontalier, Europe et International. Il a interpellé le Président de Région pour savoir quelle part celle-ci prendrait dans le mouvement de solidarité internationale qui s’impose.
Voeu contre l’installation de Shein et de soutien à l’économie circulaire au sein de la filière textile
Un vœu déposé par Géraldine Krin en soutien à l’économie circulaire au sein de la filière textile a été fusionné avec celui de la majorité régionale contre l’installation de Shein.

Il souligne l’impact dramatique de la filière TLC (textiles, linges, chaussures) sur l’environnement, notamment en termes d’émissions de GES et de pollution de l’eau. Le développement de la fast fashion a accentué ces problèmes, entraînant des répercussions sociales graves (travail forcé, travail des enfants) et a divisé par trois le nombre d’emplois dans le secteur en France depuis 1990.
L’installation de Shein est dénoncée comme une « provocation » et une « caricature de concurrence déloyale » qui menace l’environnement et fragilise les commerces de proximité.
Face au volume croissant de déchets textiles et à la saturation des organismes de collecte comme Le Relais, qui a tiré la sonnette d’alarme sur sa situation financière, le vœu pointe du doigt la fragilité structurelle de la filière REP (Responsabilité Élargie du Producteur). Il rappele que la gouvernance actuelle de l’éco-organisme Refashion a été mise en cause par un rapport du Sénat, car elle a favorisé les metteurs en marché au détriment des collectivités et des opérateurs de déchets.
En conséquence, les élus réaffirment leur engagement pour l’économie circulaire, s’opposent fermement à l’installation de Shein, et demandent au Ministère de la Transition écologique de réformer la gouvernance de l’agrément REP TLC afin d’y associer équitablement l’ensemble des parties prenantes.
Voeu – non à la suppression des trains de nuit Paris-Berlin et Paris- Vienne
Vœu déposé par notre groupe aux plénières du 16 octobre et du 13 novembre mais qui n’a pu être soumis au vote en raison du temps de débat restreint par la majorité régionale.

Ce texte fait suite à l’annonce de la SNCF et du gouvernement de mettre fin à leur participation financière aux liaisons de nuit Paris-Vienne et Paris-Berlin. Décision suite à laquelle l’opérateur autrichien ÖBB a annoncé l’arrêt de ces lignes pour le 14 décembre 2025.
Le vœu rappelle que le lancement de ces deux lignes avait suscité de grands espoirs quant au retour du train de nuit en France et en Europe. Il regrette vivement ce désengagement qui est un « véritable recul » pour la transition des mobilités.
Cette décision est dommageable pour l’attractivité du Grand Est, pour la transition environnementale et pour les usagers. L’arrêt du train par Strasbourg, capitale européenne, est un atout irremplaçable pour notre région transfrontalière.
Par conséquent, nous appelons au maintien des liaisons Paris-Vienne et Paris-Berlin via Strasbourg et invitons l’Union Européenne à soutenir financièrement le développement de nouvelles liaisons ferroviaires de nuit.
