Le 30 janvier dernier, la Région Grand Est se réunissait en séance plénière exceptionnelle. À l’ordre du jour : le « nouvel acte de décentralisation » promis par le gouvernement. Une occasion en or, selon le président Franck Leroy, pour dessiner les contours d’une institution plus agile, plus proche et plus efficace.
Pourtant, le constat de notre groupe est sans appel : cette séance fut d’une stérilité déconcertante. Là où nous attendions une vision d’avenir, la majorité régionale s’est murée dans une autosatisfaction interminable. Plutôt que de bâtir le Grand Est de demain, l’exécutif s’est contenté de réciter son bilan, sans porter de propositions concrètes, transformant un débat nécessaire en un exercice d’auto-congratulation déconnecté des réalités territoriales.
Quelques réflexions pour une région au service des citoyens
Face au vide institutionnel, notre groupe a porté un plaidoyer structuré. Voici le cœur de nos propositions pour une décentralisation qui serve réellement la transition écologique et la justice sociale.
1. Une simplification en trompe-l’œil
Le « mille-feuille » administratif reste indigeste. Si la majorité prône la lisibilité, les promesses d’efficacité restent des vœux pieux. Nous constatons que les Maisons de Région sont encore trop sous-dotées et méconnues. Pour nous, la décentralisation ne doit pas être un simple affichage, mais un transfert de moyens réels pour assurer les services publics du quotidien.
2. Le prix des transports qui pèse sur les usagers
Si nous reconnaissons les moyens financiers importants dédiés au réseau des trains régionaux (TER), la réalité est plus sombre pour le portefeuille des habitant.es : le coût des billets TER ne cesse d’augmenter et des guichets ferment. Nous demandons la mise en œuvre du Versement Mobilité pour faire contribuer les entreprises au financement des transports, évitant ainsi de faire reposer tout le fonctionnement sur les seuls usager.e.s.
3. Sortir du verrou démocratique
Sans participation citoyenne, la décentralisation demeure vide de sens. Pour restaurer la confiance, nous suggérons pour les élections régionales un passage au scrutin réellement proportionnel, sans prime majoritaire, pour que chaque vote compte, et que le compromis puisse se faire dans l’élaboration des politiques publiques. Le renforcement du CESER est également incontournable, pour en faire le pivot d’une démocratie régionale vivante.
4. De vrais leviers pour l’urgence environnementale
La Région possède la légitimité pour agir, mais elle se trompe de cible. Nous dénonçons le mépris actuel pour l’agriculture paysanne et les fermes bio.
Plutôt que de s’obstiner dans des solutions technologiques réparatrices coûteuses, la Région doit investir dans la prévention et soutenir la trame verte et bleue, essentielle à l’adaptation climatique.
5. Retrouver la proximité perdue
Dix ans après, les services publics se sont souvent éloignés des citoyen.e.s. La Région Grand Est semble encore trop déconnectée des particularités locales.
Nous portons un plan ambitieux pour la formation professionnelle : chaque habitant doit pouvoir vivre, étudier et travailler sur son territoire sans être contraint à l’exode vers les grandes métropoles.
6. Une ambition transfrontalière stratégique
Situé au cœur de l’Europe, le Grand Est tarde à transformer l’essai. Le dialogue avec l’Allemagne, la Belgique, la Suisse ou le Luxembourg doit quitter le champ purement technique pour devenir stratégique. Il est urgent de peser sur l’État pour obtenir des compétences permettant de dialoguer d’égal à égal avec nos voisins, notamment sur la question cruciale de la mobilité des travailleurs frontaliers. Aussi, contre les déséquilibres durables avec le Luxembourg en particulier, nous soutenons la mise en place d’une compensation financière transfrontalière.
Un rendez-vous manqué
En restant figée sur son bilan, la majorité régionale a manqué une occasion historique de peser sur le débat national. Nous regrettons que l’autosatisfaction l’ait emporté sur l’audace.
Quoi qu’il en soit, notre groupe restera force de proposition. La décentralisation ne peut pas être un simple exercice de communication : elle doit être le moteur de la résilience de notre territoire face aux crises à venir.






