Enquête publique ouverte du 18 mai au 16 juillet 2026
Le groupe Les Écologistes de la Région Grand Est souhaite faire part de ses réserves profondes concernant le projet Cigéo. La gestion des déchets radioactifs constitue un défi majeur qui engage notre responsabilité collective sur le très long terme. Le projet Cigéo engage les générations futures et constitue l’une des décisions industrielles, environnementales et intergénérationnelles les plus lourdes jamais prises en France.
Des incertitudes techniques majeures :
Le projet Cigéo repose sur une démonstration de sûreté à très long terme. Or, plusieurs interrogations demeurent concernant des éléments essentiels. Le récent avis de l’ASNR minore ainsi les points d’attention des trois rapports d’expertises de l’ex-IRSN. Face aux enjeux, le socle de connaissances techniques ne peut être jugé “suffisant”.
Ces incertitudes techniques sont diverses : stabilité de la couche d’argile, performances des scellements et des alvéoles HA, comportement et vieillissement des matériaux, dangers pour la nappe phréatique, absence de démonstrations de sûreté (risques d’incendie, d’explosion ou d’infiltrations). Nous attirons l’attention sur les menaces pesant sur la ressource en eau, qui est déjà largement sous haute tension.
Nous considérons que ces incertitudes ne peuvent être traitées comme de simples ajustements techniques ultérieurs pour un projet présenté comme une solution définitive. Elles portent largement atteinte à la sécurité du site et de l’ensemble du territoire.
Une phase industrielle pilote qui doit rester une véritable phase d’évaluation :
L’articulation entre l’exécution de la phase industrielle pilote, l’analyse des données, la consultation du parlement et ensuite la poursuite ou non du stockage n’est pas clarifiée.
Nous estimons que la phase industrielle pilote doit permettre un contrôle indépendant et une analyse complète des résultats. Elle ne doit pas constituer un engagement irréversible vers une exploitation industrielle avant que les conditions de sûreté soient pleinement démontrées.
Le mythe de la réversibilité :
Il est prévu que le stockage soit réversible pendant au moins 100 ans, afin de laisser aux générations futures la possibilité de modifier certaines décisions ou de récupérer des colis de déchets avant la fermeture définitive du site. Mais à l’heure actuelle, cette notion de réversibilité n’est que théorique. Les conditions techniques, humaines et financières d’une récupération future doivent être clairement établies, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.
Au-delà de sa grande complexité, la réversibilité est limitée à la seule période de fonctionnement. Après la fermeture définitive du site, ces déchets nucléaires ne seront plus accessibles, même si les générations suivantes parviennent à trouver des options plus sûres et plus durables pour les gérer.
La prétendue réversibilité ne permet en aucun cas de garantir une récupération permanente des déchets. Au contraire, à Cigéo, il a été fait le choix d’une solution de stockage définitif.
Une consultation démocratique négligée :
La gestion des déchets nucléaires ne peut relever d’une décision uniquement technique. Les citoyen·nes doivent disposer d’une information complète, contradictoire et accessible sur les incertitudes existantes et sur les alternatives possibles. Or, depuis le début du projet, le débat démocratique a été largement négligé. Pourtant, les conséquences sur le long terme engagent le territoire et les générations futures sans leur consentement.
Aussi, les espaces de débat public portent davantage sur les modalités de réalisation que sur la question de fond : faut-il enfouir définitivement les déchets nucléaires ou explorer d’autres solutions ?
En tant qu’élu·es du Grand Est, nous sommes particulièrement préoccupé·es par les conséquences directes du développement du projet Cigéo sur le territoire meusien et sur l’ensemble de la région (besoins en énergie, en matériaux de construction ou en main d’œuvre). La Meuse étant déjà particulièrement touchée par la baisse démographique, comment imaginer que l’implantation d’un site d’enfouissement des déchets nucléaires pourrait redonner de l’attractivité au territoire ?
Des inquiétudes liées à la sécurité au travail :
Une attention toute particulière doit être portée à la sécurité des agents qui travaillent au projet Cigéo. En effet, un chantier de cette ampleur peut exposer les travailleurs chargés de sa construction et de son exploitation à de graves dangers. Rappelons que le site de Bure a déjà connu la mort tragique d’un technicien lors d’un éboulement dans une galerie souterraine en 2016.
Un enjeu financier majeur :
Cigéo représente un engagement financier exceptionnel sur plusieurs générations. Les garanties de financement à long terme doivent être pleinement établies. Or, aujourd’hui, les coûts ne sont pas maîtrisés et sont imprévisibles à long terme (en témoigne le rapport de l’Andra du 12 mai 2025 qui a réévalué à la hausse le coût du projet, estimé pour la période 2016 – 2170 entre 26,1 et 37,5 milliards d’euros).
Repenser la stratégie énergétique française :
La question des déchets radioactifs est indissociable du débat autour de la politique énergétique nationale. Le volume des déchets à enfouir à Bure n’étant aujourd’hui pas fixé, celui-ci dépendra des choix politiques en matière énergétique des prochaines années.
Nous soutenons une large réduction de la production future de déchets. Cela implique de développer une ambitieuse politique énergétique fondée sur la sobriété, l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables.
Aussi, nous soutenons le développement de la démarche ERC (Eviter – Réduire – Compenser) qui permet d’intégrer les enjeux écologiques dans l’ensemble des politiques publiques et notamment dans la politique énergétique nationale.
Conclusion :
Le groupe Les Écologistes de la Région Grand Est considère que les garanties nécessaires ne sont pas aujourd’hui réunies pour engager un territoire et les générations futures dans une décision irréversible.
Nous demandons que les expertises indépendantes soient pleinement prises en compte, que les incertitudes techniques soient clairement exposées au public, que la réversibilité soit présentée avec transparence et qu’aucune décision définitive ne soit prise avant une démonstration complète de sûreté.
Les échecs et incidents de projets similaires d’enfouissement en profondeur tels que le WIPP aux États-Unis d’Amérique ou ASSE II en Allemagne doivent nous alerter et nous amener à chercher d’autres pistes (notamment les solutions de stockage subsurfacique).
Cigéo n’est pas une solution. C’est un projet particulièrement dangereux qui fait peser des risques irréversibles aux générations futures. Il n’est pas acceptable que la Région Grand Est devienne la poubelle nucléaire de la France.
C’est pourquoi nous donnons un avis défavorable au développement du projet CIGÉO.
