Lors de cette séance plénière, Eliane Romani a évoqué la mobilisation lycéenne et la terrible sécheresse estivale. Tout d’abord elle a condamné certaines violences faites au personnel de la Région Grand Est auquel elle a réaffirmé notre plein soutien. Elle a ensuite rappelé la légitimité des revendications des jeunes qui manifestent, soulignant qu’ils et elles ont subi de multiples crises (Covid, guerre, réchauffement climatique) et font face à un ascenseur social en panne. Elle a reproché au président de la région son inaction, lui a demandé d’ouvrir des espaces de dialogue et a rappelé qu’il avait la responsabilité d’accélérer les travaux d’adaptation et de rénovation dans les lycées.

Ensuite, elle a dressé le bilan d’un été catastrophique marqué par des milliers de morts et des écosystèmes dévastés. Elle a déploré l’absence de plan de protection adéquat, a qualifié la politique régionale d’opération de communication trompeuse et a regretté que l’exécutif n’ait tiré aucune leçon pour anticiper les canicules. Enfin, elle a rappelé une série de mesures prioritaires que notre groupe a formulées au cœur de la crise caniculaire. Elle a conclu en invitant la majorité à s’emparer de ces propositions d’avenir.

Grand Est 2030 : agir pour s’adapter – rapport chapeau et point d’étape de la feuille de route d’accélération de l’adaptation au changement climatique de la Région Grand Est (2023-2028)
La majorité de la journée était dédiée au plan appelé “Grand Est 2030 : agir pour s’adapter”, présenté comme une réponse ambitieuse au défi climatique mais qui n’est, en réalité, qu’une sorte de compilation de mesures déjà engagées. Cécile Germain-Ecuer est intervenue pour dénoncer des ajustements à la marge de la part de la majorité régionale qui ne sont pas à la hauteur des bouleversements climatiques. Elle a indiqué que ce que la Région fait déjà ne suffit plus. Elle a également rappelé nos propositions concrètes : refuges climatiques, lycées oasis, bonus d’adaptation pour les communes, fraîcheur dans les transports… Pour ne pas cautionner une telle mascarade, nous n’avons pas pris part au vote du texte.

Grand Est 2030 : agir pour s’adapter – Adaptation de l’agriculture et des vignobles
Lors de son intervention sur ce dossier, Laurent Dreyfus a dénoncé la consommation d’eau du maïs irrigué en Alsace. Il a jugé aberrant d’ouvrir le dispositif d’aide à l’accès, à l’économie et au pilotage de l’eau à cette culture, réclamant plutôt de la sobriété.
Face au défi climatique, il a affirmé qu’un vrai changement de modèle était indispensable. Il a refusé les simples réductions de pesticides sans objectifs chiffrés et a défendu leur suppression totale. Il a préconisé le développement de l’agriculture biologique, l’enrichissement des sols en humus et des cultures moins gourmandes en eau. Enfin, il a regretté l’oubli des pionniers du bio dans les aides régionales et a appelé à former urgemment les agriculteur·trices vers cette transition. En toute logique, nous avons voté contre ce texte indigent.

Grand Est 2030 : agir pour s’adapter – Bioéconomie en Grand Est
Lors de son intervention sur la partie bioéconomie du plan « Grand Est 2030 », Christophe Dumont a remis en question l’autosatisfaction de la majorité régionale sur certaines orientations. Il a dénoncé la politique des agrocarburants en s’appuyant sur la Cour des comptes. Il a rappelé que leur production occupe déjà 4 % des surfaces agricoles de la région pour un bilan environnemental jugé globalement négatif et peu efficace contre les gaz à effet de serre.
Concernant la méthanisation, il a critiqué la captation des pulpes de betterave au détriment de l’élevage, a réclamé le retour à une vocation vivrière des politiques agricoles régionales et a appelé à soutenir les fermes plutôt que l’agro-industrie. Nous avons voté contre le texte.

Grand Est 2030 : agir pour s’adapter – Bilan des actions dans les lycées et dans le patrimoine immobilier régional
Ludivine Pérard a évoqué le soutien aux personnels et élèves blessés lors des manifestations ainsi que le mal-être des professeurs et lycéens. Elle a dénoncé les conditions dégradées de plusieurs établissements du Grand Est. Au lycée Jean Talon à Châlons-en-Champagne, elle a signalé des infiltrations d’eau malgré des travaux et un internat vétuste. À Mulhouse, elle a relevé la présence d’amiante et des installations défectueuses. À Strasbourg, elle a décrit des plafonds menaçants, un gymnase insalubre et une installation électrique obsolète. À Nancy et au lycée Couffignal, elle a évoqué fissures, infiltrations, sanitaires dégradés et insécurité. Enfin, au lycée Bugatti, elle a rappelé quinze ans d’attente face aux moisissures et matériaux nocifs. Elle a exigé des actions rapides pour la sécurité et le bien-être des jeunes. Nous n’avons pas pris part au vote.

Grand Est 2030 : agir pour s’adapter – Tourisme
En matière de Tourisme, Ludivine Pérard a reconnu des avancées vers un tourisme plus respectueux de l’environnement, notamment l’éco-conditionnalité des aides, la labellisation, la sobriété en eau, le tourisme local et le cyclotourisme. Elle a estimé néanmoins que le texte restait insuffisant sur le Massif des Vosges. Malgré les projections climatiques annonçant une baisse nette de l’enneigement, elle a regretté que la Région continue de soutenir le modèle ski au lieu d’assumer pleinement la diversification “quatre saisons”. Nous n’avons pas pris part au vote.
Grand Est 2030 : agir pour s’adapter – Forêt et bois / Stratégie de la Région Grand Est 2027-2036
Lors de son intervention, Christophe Dumont a alerté sur la dégradation des forêts du Grand Est, devenues émettrices nettes de CO2 en raison des sécheresses, des maladies et de la surexploitation. Il a souligné que cette dérive rend les objectifs climatiques régionaux inatteignables et a notamment dénoncé le financement public des coupes rases, accusé de subventionner la perte de biodiversité.
Il a déploré les positions idéologiques de certain·es élu·es niant les constats scientifiques sur les services écosytémiques des forêts, ainsi que le retard massif de la région en matière de zones de libre évolution et de protection forte. Il a rappelé la nécessité de soutenir les propriétaires qui font le choix d’une sylviculture douce et non ceux qui ont des pratiques délétères comme les coupes à blanc. Nous avons évidemment voté contre ce texte.
Grand Est 2030 : agir pour s’adapter – Action bâtiment 2030 / Grand Est Nature & Développement
Cécile Germain-Ecuer a rappelé la doctrine européenne “éviter, réduire, compenser”. La compensation n’est pas prioritaire, contrairement au fait d’éviter et de réduire. Elle a regretté que la Région n’agisse jamais pour éviter l’artificialisation et a salué l’action des associations en la matière, souvent à coup de recours juridiques qui coûtent de l’énergie et de l’argent. La Région ne reste qu’au stade de la compensation, car elle refuse de changer de doctrine économique. Une politique à rebours des urgences écologiques. Nous nous sommes abstenu·es sur le texte.
Grand Est 2030 : agir pour s’adapter – Plan action chaleur Massif des Vosges
Lors de son intervention, Lou Noirclere a rappelé le rejet par la majorité, en 2023, d’une motion proposant un fonds d’urgence après l’incendie de Bois-de-Champ dans les Vosges. Il a noté que le rapport présenté reconnaissait enfin les menaces pesant sur le massif vosgien en raison de la sécheresse et des risques d’incendie.
Tout en soutenant ce tout nouveau dispositif d’accompagnement des petites communes face aux risques climatiques, il a souligné son caractère encore limité, avec seulement soixante lauréats possibles pour 580 communes éligibles. Enfin, il a critiqué l’absence de crédits dédiés aux investissements concrets et a demandé que la Région garantisse le financement futur des plans issus de ce programme. Malgré ses limites, nous avons voté en faveur du dispositif.

Mesures d’urgence agricoles et viticoles
Lors de son intervention, Christophe Dumont a salué la mise en place du plan d’urgence régional ciblant en priorité l’élevage et le maraîchage, tout en se félicitant de l’unanimité à reconnaître que le plan de l’État est très insuffisant. Il a toutefois dénoncé la persistance de certains biais, notamment l’exclusion des cotisant·es solidaires et des agriculteur·trices n’ayant pas demandé l’aide à l’installation.
Il a rappelé que le cœur du dispositif – une année blanche pour les emprunts agricoles, avec une prise en charge des intérêts par la Région – reposait sur la bonne volonté de l’État et des banques, un pré requis non consolidé au moment du débat. Il a donc interrogé le président sur les négociations en cours, déplorant que les établissements bancaires semblent encore hésiter à s’engager.

Par un amendement nous avons voulu aider un grand nombre de petites fermes que les plans d’urgence nationaux et régionaux risquent de laisser sur le côté. Malgré son rejet, nous avons voté en faveur du plan.
Programme Ambition Éleveurs
Lors de son intervention, Laurent Dreyfus a analysé le bilan du programme « Ambition éleveurs ». S’il a salué des avancées sur la gestion de l’eau et le bien-être animal, il a dénoncé la dérive vers l’agrandissement systématique des exploitations et des cheptels, responsable de la baisse de l’autonomie fourragère et de la hausse de l’utilisation des intrants.
Il a souligné que cette intensification augmentait les coûts d’installation et freinait les transmissions. De plus, il a regretté le manque de représentativité, parmi les fermes de démonstration, des modèles basés sur la vente directe, la transformation ou la diversification. Enfin, il a appelé la Région à faire un choix clair entre multiplier le nombre de fermes ou agrandir toujours plus celles existantes. Nous nous sommes abstenu·es sur ce texte bancal.
Modernisation et développement du réseau routier régional
Jean François Secondé a souligné la contradiction de la majorité régionale en matière de mobilité. D’un côté, la Région met en place une éco-contribution poids lourds pour dissuader les camions de traverser le territoire et financer l’entretien des routes, mesure que les écologistes soutiennent. De l’autre, la majorité valide le projet nord de l’ autoroute A31 bis, un projet d’un milliard d’euros créant de la capacité autoroutière supplémentaire. Cela est incohérent, car chaque kilomètre d’autoroute attire du trafic supplémentaire. Nous appelons à renforcer l’éco-contribution, développer le ferroviaire de marchandises afin d’aligner les actes sur les discours climatiques et sanitaires. Nous nous sommes abstenu·es sur ce texte.

Mesures d’accompagnement éco-contribution poids-lourds
Le groupe écologiste a voté sans hésitation le rapport sur l’écocontribution poids lourds. Dès l’origine, il l’a soutenue au nom du principe du pollueur-payeur : celui qui use la route doit contribuer à sa réparation. C’est une question de justice. Le chèque transition réservé aux entreprises de 20 salariés maximum accompagnera les petites structures locales. Ce sont surtout les poids lourds étrangers (6 à 9 sur 10) qui paieront. Lou Noirclere a souhaité souligner que l’accompagnement passe aussi par l’augmentation des politiques de soutien au fret ferroviaire.

Financement de 16 rames Régiolis
Lou Noirclere, co-président du groupe, a souligné que l’investissement dans le train du quotidien constitue l’une des réponses les plus concrètes de la Région Grand Est au dérèglement climatique. Chaque trajet en train plutôt qu’en voiture réduit les émissions de gaz à effet de serre. En dix ans, le nombre de trains a progressé de 30 % et la fréquentation a suivi. Les 16 nouvelles rames s’inscrivent dans cette dynamique et dans le Réseau Express Métropolitain lancé avec Jeanne Barseghian. Elles remplaceront un matériel en fin de vie entre Saverne, Strasbourg et Sélestat. Nous avons voté pour.
Stratégie Multilinguisme de la Région Grand Est
Sur la stratégie multilinguisme, Evelyne Gareaux a souligné le potentiel linguistique de la Région grâce à ses 800 km de frontières. Elle a regretté néanmoins dans cette stratégie, le mélange des langues sans distinction claire, l’absence d’objectifs chiffrés pour les filières immersives, le risque de prioriser l’économie au détriment de la revitalisation culturelle, et un budget modeste de 4,7 millions d’euros. Vote pour sur ce texte.

Nouvelle Ambition Intelligence Artificielle Grand Est
Géraldine Krin a déclaré que le rapport partait d’un constat juste : 40 % des agent·es de la Région utilisent déjà l’IA, ce qui rend nécessaire d’encadrer ces usages spontanés. Elle a affirmé que notre groupe soutenait une solution interne, sécurisée et européenne. Elle a ajouté que la transformation par l’IA devait parfois commencer « sans IA », et a insisté pour que cet axe soit prioritaire : l’IA ne doit pas devenir un réflexe dans toutes les politiques régionales. Elle a ensuite déploré trois angles morts : l’absence d’analyse financière coût/bénéfice, le silence sur l’impact environnemental et le manque d’accompagnement de la santé des agent·es. Des angles morts qui ont justifié notre vote contre. Pour les pallier, nous avons déposé trois amendements (rejetés) :

- pour une évaluation de l’impact environnemental de l’IA
- contre les implantations des GAFAM dans la région
- pour une prise en compte de la santé mentale des agents
Divers rapports d’observations de la Cour Régionale des Comptes
Gérard Schann souligne que le rapport de la Chambre régionale des comptes sur les friches en Grand Est est clair : avec 913 friches recensées (31 % du total national) et seulement 11 % reconverties, le rythme reste trop lent. Il rappelle que ces sites constituent un levier stratégique pour le zéro artificialisation nette. S’agissant d’une simple prise d’acte, il n’y avait pas de vote sur ces textes).
Textes additionnels
Nous avons déposé plusieurs questions orales au Président :

- Lou Noirclere a interrogé Franck Leroy sur la mobilisation lycéenne : il a demandé quand la Région cessera-t-elle de traiter la crise lycéenne comme un problème d’ordre public pour enfin y apporter des réponses budgétaires et structurelles à la hauteur des attentes des jeunes ? Gerard Schann a pris la parole pour rappeler l’état de désespérance inquiétant de la jeunesse et l’urgence de l’écoute et de l’accompagnement.

- Géraldine Krin a posé une question sur le paquet législatif européen Omnibus X qui prévoit un lourd assouplissement des règles encadrant les pesticides, constituant un recul historique en matière de santé publique et de protection de l’environnement. Elle a demandé comment la Région Grand Est comptait faire entendre sa voix, auprès de l’État et des institutions européennes, contre tout affaiblissement du cadre européen, afin de préserver la cohérence avec ses objectifs en matière de santé environnementale ?
- Christophe Dumont a relayé les inquiétudes des élus et des populations concernant les pollutions aux PFAS. Dans les Ardennes, la Meuse ou les Vosges, plusieurs communes ont déjà été privées d’eau potable pour cause de contamination aux PFAS. A Haraucourt, dans les Ardennes, les œufs d’un poulailler familial contiennent près de 24 fois le seuil européen de ces polluants éternels, un record national révélé par une récente enquête de Radio France. Il a demandé à ce que la Région s’engage à porter auprès de l’État et de l’ARS la demande d’un suivi épidémiologique des populations exposées aux PFAS.
- Enfin, Cécile Germain-Ecuer a alerté sur le prix de la hausse des carburants. Elle a demandé quelles mesures exceptionnelles la Région Grand Est était-elle prête à prendre pour soutenir ses habitants et faciliter l’accès aux transports en commun en ces temps de crise ?
En réponse et à son habitude, la majorité n’a pas arrêté de se féliciter de ce qu’elle fait déjà. Des réponses qui ne sont pas à la hauteur.
